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Synthèse : Définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH)

Synthèse : Définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH)

Résumé

L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (AIMH) propose une définition opérationnelle de l’antisémitisme qui comprend des paramètres clairs pour définir ce qui constitue ou non de l’antisémitisme. Le Canada a adopté la définition de l’AIMH aux fins de sa politique étrangère. Les autorités compétentes des trois ordres de gouvernement devraient adopter la définition de l’AIMH ou s’y référer aux fins de la lutte contre l’antisémitisme dans la société canadienne.

L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste

L’AIMH a été créée en 1998 afin de réunir les gouvernements et les experts en vue « de renforcer, de faire progresser et de promouvoir l’enseignement, la recherche et la mémoire de l’Holocauste ». Aujourd’hui, elle compte 32 pays membres, dont 25 États membres de l’UE et le gouvernement du Canada. L’ambassadeur Artur Wilczynski est le chef de la délégation canadienne auprès de l’AIMH.

Définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’AIMH

La haine et la discrimination ne peuvent pas être combattues efficacement sans définitions claires. L’expérience de la communauté juive dans la définition de l’antisémitisme, déterminée au moyen d’un processus consensuel en consultation avec des universitaires, constitue un guide utile pour combattre d’autres formes de haine.

Les activités éducatives de l’AIMH comprennent l’élaboration d’une définition opérationnelle de l’antisémitisme et d’exemples illustratifs pour guider son application. La définition et les exemples illustratifs, qui ont été officiellement adoptés comme un texte unique par la plénière de l’AIMH à Budapest le 26 mai 2016, se trouvent ici.

La définition et les exemples illustratifs de l’AIMH abordent un vaste éventail d’activités et de rhétorique contemporaines qui peuvent être considérées comme antisémites. Cela comprend les appels à la violence contre les Juifs, la négation de l’Holocauste, la rhétorique qui déshumanise ou diabolise les Juifs, l’attribution d’un blâme collectif au peuple juif pour les actions individuelles de Juifs, ainsi que les stéréotypes antisémites classiques de complots juifs mondiaux et de contrôle juif des médias, du gouvernement et de l’économie.

La définition et les exemples illustratifs indiquent également que, bien que les critiques à l’égard d’Israël semblables à celles adressées à d’autres pays ne doivent pas être considérées comme antisémites, certains discours sur Israël pourraient être considérés comme des formes d’antisémitisme, y compris la négation du droit du peuple juif à l’autodétermination sous prétexte que l’existence d’Israël constituerait un phénomène raciste, l’établissement de comparaisons entre les Israéliens et les nazis et l’exigence qu’Israël respecte des normes qu’aucune autre nation démocratique n’est tenue de respecter.

Cinq faits saillants de la définition de l’AIMH

  1. La définition de l’AIMH est ancrée dans le consensus international

L’AIMH n’est pas le premier forum à affirmer l’importance de définir l’antisémitisme. En 2005, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) a publié une définition opérationnelle de l’antisémitisme. En 2010, la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme (CILA), un organisme multipartisan composé de parlementaires, a élaboré le Protocole d’Ottawa, qui fait référence à une définition similaire.

La définition de l’AIMH se fonde sur ces initiatives. Ayant été adoptée par divers gouvernements à travers le monde, la définition de l’AIMH sert maintenant de norme internationale pour définir l’antisémitisme. Peu après sa publication, le gouvernement du Canada a fait de cette définition un pilier de ses efforts pour promouvoir la liberté de religion à l’étranger. Comme indiqué sur le site Web d’Affaires mondiales Canada : « Le Canada appuie résolument la définition pratique de l’antisémitisme ainsi que les exemples connexes. »

La définition de l’AIMH a été officiellement adoptée par le Royaume-Uni, l’Écosse, la ville de Londres, l’Autriche, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, la République tchèque, la Slovaquie, la Moldavie, la Macédoine et la Lituanie. En 2017, le Parlement européen a adopté une résolution appelant les États et institutions membres à adopter ou à appliquer la définition de l’AIMH.

  1. La définition de l’AIMH est nécessaire pour tenir compte de la nature changeante de l’antisémitisme

La définition de l’AIMH est le reflet d’un consensus parmi les universitaires, qui estiment qu’un nouveau type d’antisémitisme est apparu après l’Holocauste. Cet antisémitisme prend la forme d’une haine des Juifs qui se manifeste sous le couvert d’hostilité envers Israël ou le sionisme. (Par souci de clarté, le dictionnaire Oxford définit le sionisme comme « un mouvement [à l’origine] pour le rétablissement et [maintenant] le développement et la protection d’une nation juive dans ce qui est maintenant Israël. »)

Historiquement, l’antisémitisme s’est toujours adapté aux tendances et aux conditions sociales, politiques et intellectuelles. Par exemple, au Moyen Âge chrétien, l’antisémitisme accusait les Juifs de déicide. Au fur et à mesure que le nationalisme s’est développé dans l’Europe du XIXe siècle, l’antisémitisme prétendait que les Juifs constituaient une nation distincte qui menaçait les États-nations dans lesquels ils vivaient. Alors que la fausse science de l’eugénisme gagnait du terrain au début du XXe siècle, les Juifs étaient dépeints comme inférieurs sur le plan racial.

Aujourd’hui, les universitaires reconnaissent largement une nouvelle forme d’antisémitisme, qui prend la forme de la haine contre Israël, le seul État juif du monde. Là où les Juifs étaient autrefois dénigrés en tant qu’individus et collectivité, l’État juif est aujourd’hui dénigré souvent à l’aide d’une terminologie et de théories du complot tributaires de l’antisémitisme historique. Le fait que l’idéologie et les accusations antisionistes soient souvent articulées dans le langage des droits de l’homme ne les soustrait pas à tout examen. Comme indiqué plus haut, l’antisémitisme a toujours fait appel aux valeurs les plus élevées de l’époque pour se légitimer.

Pour le dire en termes plus simples, comme Martin Luther King Jr. l’a un jour fait remarquer en répondant à une critique du sionisme : « Lorsque les gens critiquent le sionisme, ils pensent aux Juifs. Donc, il est bien question d’antisémitisme. » (Source : Seymour Martin Lipset, Encounter Magazine, décembre 1969).

  1. La définition de l’AIMH est un outil pratique et non une loi en soi

La résolution adoptée en plénière par l’AIMH précise que la définition opérationnelle est juridiquement non contraignante (énoncé que l’AIMH a également fait remarquer à plusieurs reprises). Tel qu’indiqué dans le texte lui-même, l’antisémitisme peut être criminel selon les circonstances, mais la définition englobe à la fois les formes criminelles et non criminelles de l’antisémitisme.

Certains passages du texte confirment aussi clairement qu’il s’agit d’une définition « fonctionnelle » pragmatique – et même flexible – plutôt que d’une formule rigide. Par exemple, le préambule de la liste d’exemples illustratifs affirme que « les exemples actuels non exhaustifs d’attitudes antisémites dans la vie publique, les médias, les écoles, au travail et dans la sphère religieuse pourraient, en tenant compte du contexte général, comprendre, mais sans s’y limiter […] » (italique ajouté).

Pour les besoins du Canada, la définition opérationnelle devrait être considérée comme un outil pratique que les autorités devraient utiliser dans l’exécution de leur mandat en lien avec l’antisémitisme.

  1. La définition de l’AIMH est un outil pratique

La définition de l’AIMH est une définition « opérationnelle », pragmatique et même flexible – et non pas une formule rigide. Par exemple, le préambule de la liste d’exemples illustratifs affirme que « les exemples actuels non exhaustifs d’attitudes antisémites dans la vie publique, les médias, les écoles, au travail et dans la sphère religieuse pourraient, en tenant compte du contexte général, comprendre, mais sans s’y limiter […] »

Tel qu’indiqué dans le texte lui-même, l’antisémitisme peut être criminel selon les circonstances, mais la définition englobe à la fois les formes criminelles et non criminelles de l’antisémitisme. Pour les besoins du Canada, la définition opérationnelle devrait être considérée comme un outil pratique que les autorités devraient utiliser dans l’exécution de leur mandat en lien avec l’antisémitisme.

  1. La définition de l’AIMH établit un équilibre entre la liberté d’expression et la protection contre la haine

La définition de l’AIMH offre des paramètres et des exemples concrets pour distinguer la rhétorique antisémite du discours politique légitime. Les lignes directrices qui aident à éclairer ce qui peut être considéré comme antisémite clarifient également ce qui ne peut l’être. Ce faisant, l’AIMH a substantiellement contribué à la lutte contre la haine et à la cause de la défense de la liberté d’expression. Les mêmes paramètres qui aideront les autorités à tenir responsables ceux qui promeuvent l’antisémitisme contribueront aussi à exonérer d’accusations fausses ou erronées les tenants de discours légitimes.

Comme l’indique la définition, les critiques adressées à Israël, au même titre que celles adressées à d’autres pays, ne peuvent pas être considérées comme antisémites. Tout comme les Canadiens critiquent les politiques et les décisions de nos dirigeants élus, les Israéliens et d’autres critiquent librement le gouvernement démocratiquement élu d’Israël. La lutte contre la haine est sapée lorsque le discours politique légitime est restreint.

Conclusion

Ce défi complexe n’est pas une question abstraite, mais touche directement la société canadienne. Les forces de l’ordre, les autorités chargées de l’application des droits de l’Homme et les experts de la société civile confirment l’inquiétante montée de l’antisémitisme dans de nombreuses régions du monde. Bien que le Canada soit un pays exceptionnellement sûr pour les Juifs et les autres minorités, la société canadienne n’est pas à l’abri de ce phénomène dangereux.

Les données de Statistique Canada confirment continuellement que la communauté juive est la minorité la plus fréquemment ciblée en matière de crimes haineux. En 2017, Statistique Canada a recensé 360 crimes haineux ciblant la communauté juive – soit une fois toutes les 24 heures, en moyenne.

Ces tendances reflètent la persistance de l’antisémitisme en marge de la société canadienne. Les recherches sur l’opinion publique entreprises par le CIJA, de même que des recherches similaires menées par d’autres organisations, montrent de façon constante que dix à trente pour cent des Canadiens adhèrent à des attitudes et à des opinions antisémites.

En plus de l’antisémitisme « classique », la haine à l’égard d’Israël se traduit par la diffamation des Juifs canadiens et des actes criminels à leur encontre. Par exemple, en 2004, l’école Talmud Torah de Montréal a été incendiée par un assaillant en guise de « représailles » pour la mort d’un dirigeant du Hamas à Gaza. Au cours des années qui ont suivi, il y a eu de nombreux appels à la violence et à l’assassinat de Juifs lors de manifestations anti-Israël au Canada. Sur les campus universitaires, des incidents antisémites (y compris des actes de vandalisme) ont eu lieu dans le cadre de campagnes appelant au boycott des Israéliens.

Le gouvernement et la société civile doivent faire davantage pour lutter contre l’antisémitisme et les autres formes de haine. La définition de l’AIMH offre un outil clair, consensuel et pratique pour distinguer la haine des Juifs du discours légitime – et constitue donc un élément essentiel de la solution.

 

 

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