Qui sont les Juifs québécois?

Premier groupe non chrétien à s’installer au Québec, la communauté juive est une partie constituante de la société québécoise depuis plus de deux siècles et demi. Acteurs de la petite et de la grande histoire du Québec, les Juifs ont contribué de manière déterminante au développement social, intellectuel, politique, culturel, artistique, économique, scientifique et médical du Québec. Si la participation à la vie publique est un gage d’intégration, on ne saurait disputer aux Juifs québécois leur statut de communauté historique et intégrée.

En effet, très tôt, la communauté juive s’implique dans la chose publique. Déjà en 1807 et 1808, les Trifluviens élisent à deux reprises Ézekiel Hart comme député, bien qu’il n’ait jamais pu siéger au Parlement parce que juif. Or, sous le leadership du Patriote Louis-Joseph Papineau, le parlement du Bas-Canada adoptera en 1832 une loi accordant les pleins droits démocratiques aux Juifs québécois. Le Québec devient ainsi le premier territoire de l’Empire britannique à accorder l’émancipation politique aux Juifs (la Grande-Bretagne n’a suivi qu’en 1858.)

Alors que la communauté juive compte moins de 500 individus jusqu’en 1871, les Juifs contribueront de manière disproportionnée au développement et à la modernisation du Québec au XIXe siècle. En 1832, Moses Judah Hays établit le premier système d’aqueduc de Montréal. Il accèdera à la magistrature en 1835, deviendra chef de police en 1845 et construira le premier théâtre de la métropole en 1848. En 1861, Jesse Joseph procède à la mise en œuvre du premier service de transport public de la ville. Joseph deviendra aussi président de la Montreal Gas Company, ancêtre d’Hydro-Québec. En 1876, Sigismond Mohr établit le premier réseau téléphonique de Québec, harnache les Chutes Montmorency en 1885 et éclairera les rues de la capitale nationale.

Sur le plan social, la communauté se dote en 1863 d’une agence de services sociaux qui s’appelle aujourd’hui l’Agence Ometz. De fait, elle sera la première agence de services sociaux de tout le Québec et le Canada et servira un siècle plus tard de modèle aux agences publiques de services sociaux.

En 1901, la communauté juive ne compte encore que 7000 âmes. Au cours des trois prochaines décennies, la communauté connait un important essor démographique à la faveur d’un flux migratoire en provenance d’Europe de l’Est. En 1931, la communauté compte 58 000 personnes et représente 7% de la population de Montréal, où le yiddish devient la troisième langue en importance.

Dans les années 30, 35% des Juifs montréalais sont actifs dans le secteur manufacturier et plusieurs d’entre eux sont de tendance socialiste. La décennie sera marquée par l’engagement social des Juifs québécois. La plus éminente représentante de l’engagement juif dans le progrès social demeure sans doute Léa Roback qui deviendra la figure de proue de plusieurs luttes sociales de l’époque, dont le mouvement syndical, les droits des femmes et l’accès au logement.

En 1934, la communauté inaugure l’Hôpital général juif pour répondre aux besoins des médecins et des infirmières juifs alors discriminés dans les autres hôpitaux de la ville. L’Hôpital se donnera d’entrée de jeu comme mission d’être ouvert à tous. Aujourd’hui, l’Hôpital, qui peut toujours s’appuyer fortement sur la philanthropie juive, est l’un des meilleurs au Québec, accueille une clientèle à 80% non-juive et fait l’orgueil de notre communauté.

Longtemps, les juifs québécois ont été exclus des écoles catholiques et ont dû fréquenter les écoles protestantes anglophones. Cette situation a favorisé l’assimilation linguistique anglaise de la communauté jusqu’à l’avènement de la Révolution tranquille. Aujourd’hui, les Juifs québécois sont majoritairement bilingues et près du quart d’entre eux, originaires d’Afrique du Nord, ont le français pour langue maternelle.

L’immigration des Juifs sépharades francophones au Québec à partir des années 50 a profondément changé le caractère culturel et linguistique de la communauté juive, de même que la perception des Juifs au sein de la population majoritaire. Les Sépharades représentent aujourd’hui 24,5% de la communauté.

À la fin du vingtième siècle et en ce début de 21e siècle, des immigrants en provenance de l’ex-Union soviétique, d’Argentine et de France, notamment, viennent enrichir la diversité de la communauté juive.

La communauté juive est fort diversifiée dans son rapport à la religion. La majorité des Juifs québécois sont laïques et affichent divers degrés de pratique religieuse. Comme dans toutes les religions, il existe au sein de la communauté juive des groupes qui se distinguent par leur pratique ou leur mode de vie. Par exemple, les ultra-orthodoxes (y compris les hassidim), qui ne représentent que 15% de la population juive, sont reconnaissables à leur tenue vestimentaire et leur apparence générale.

Au gré des vagues successives d’immigration, les Juifs ont apporté avec eux leurs compétences variées, participant ainsi au développement du Québec et contribuant aux domaines culturel, scientifique, éducatif, économique et politique et soutenant financièrement de grandes institutions telles que le Musée des Beaux-Arts de Montréal, l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Université McGill et l’Université de Montréal.

La communauté a donné au Québec cinq Grands officiers, huit Officiers et dix-huit Chevaliers de l’Ordre national du Québec, ainsi que neuf récipiendaires du Prix scientifique du Québec et deux du Prix culturel. Quatre québécois d’origine juive ont reçu un Prix Nobel (Saul Bellow, Sydney Altman, Rudolph A. Marcus, Ralph M. Steinman).

Parmi d’autres figures de marque issues de la communauté, on peut penser à Phyllis Lambert dans le domaine de l’architecture, à Naïm Kattan et Mordecai Richler en littérature, au Dr. Mark Wainberg, chef de file de la lutte contre le SIDA, au Dr. Henry Morgentaler qui a lutté pour le droit des femmes de disposer de leur corps, à Léonard Cohen en poésie et en chanson, à Pauline Donalda en opéra, et au docteur Alton Goldbloom en pédiatrie. En affaires, on pense aux familles Bronfman, Steinberg et Brownstein (Chaussures Brown), et plus récemment à Aldo Bensadoun (Groupe Aldo), David Bitton (Buffalo) et Goodman (Pharmascience). En immobilier, on pense à la famille Cummings, à David Azrieli et à Marcel Adams (Les Développements Iberville Limitée).

En 1970, Dr. Victor Goldbloom devient le premier Juif à siéger au Conseil des ministres du Québec. Alan B. Gold est le premier Juif à être nommé juge en chef de la Cour du Québec en 1970, puis juge en chef de la Cour supérieure du Québec en 1983.

La communauté juive compte aujourd’hui quelque 90 000 personnes et vit principalement à Montréal. Concentrée dans la région métropolitaine, la communauté, à l’instar de la population générale, est vieillissante et consacre donc d’importantes ressources à retenir ses jeunes au Québec.

L’identité de la communauté juive s’appuie sur une philosophie fondamentale de responsabilité communautaire qui se manifeste par la philanthropie, le bénévolat et la création d’organismes communautaires de bienfaisance.

La Fédération CJA est l’organisme parapluie des services philanthropiques et communautaires. Le réseau, qui comprend onze agences constituantes et plus de trente organismes affiliés, offre des ressources dans les domaines de la santé et des services sociaux, de l’éducation et de la vie culturelle et religieuse.

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