Les réfugiés juifs des pays arabes

Les réfugiés du Moyen-Orient

Les années suivant la guerre israélo-arabe de 1948 ont été témoin d’un déplacement massif de la population dans la région. Près d’un million de juifs ont été forcés de fuir leurs foyers de plusieurs pays s’étalant du Maroc à l’Irak. Dans ce pays, le départ de 130 000 juifs – contraints de vivre dans la pauvreté après la confiscation de leurs biens par Bagdad – a marqué la fin d’une vibrante communauté vieille de 2 500 ans.

Bien que de milliers de juifs francophones d’Afrique du Nord sont arrivés à Montréal dans les années 1950 et 1960, l’écrasante majorité a rebâti sa vie en Israël. Dix ans après la création d’Israël, les camps de réfugiés, naguère pleins à craquer, établis pour absorber ce déplacement massif de juifs, ont perdu leur raison d’être et ont été fermés. Tous les réfugiés sans exception ont été réinstallés et, même s’ils ont dû faire face aux mêmes défis économiques et sociaux auxquels font face les nouveaux arrivants à travers le monde, ont été intégrés comme citoyens israéliens. Ceci a été réalisé (de façon remarquable pour un État qui ne comprend qu’un million d’habitants), sans grande fanfare ni soutien de la part de la communauté internationale. En effet, depuis 1950, l’ONU a fourni une aide de seulement 35 000 dollars aux réfugiés juifs, comparativement à 13,7 milliards de dollars aux réfugiés palestiniens.

Ironiquement, le succès obtenu par Israël dans l’intégration des réfugiés juifs du Moyen-Orient a en quelque sorte relégué leur tragédie à l’histoire. C’est l’inverse qui est vrai pour leurs homologues palestiniens, pour qui le statut de réfugié est hérité d’une génération à l’autre – le seul cas pour lequel un réfugié est spécifiquement défini en tant que tel. Sous les régimes arabes de la région, les réfugiés palestiniens ne se sont pas seulement vu refuser la citoyenneté, mais également les droits fondamentaux de l’emploi, du logement et de la mobilité sociale. La combinaison de l’hostilité des pays arabes voisins et l’institutionnalisation du réfugié palestinien (à travers l’UNRWA – aujourd’hui la seule agence des Nations Unies chargée d’un groupe unique de réfugiés) a malheureusement conduit à un problème de réfugiés sans précédent et intergénérationnel.

L’idéal serait que les réfugiés palestiniens soient réinstallés, mais cette réinstallation doit se faire à l’intérieur d’un futur État palestinien – à être créé dans le cadre d’un accord de paix global – plutôt qu’à l’intérieur d’Israël. Tout comme les réfugiés juifs ont fondé leur autodétermination nationale dans un État juif, les réfugiés palestiniens devraient de la même façon assurer l’avenir de leurs enfants dans une future patrie palestinienne.

L’idée qu’après la création d’un État palestinien Israël devrait en quelque sorte absorber des millions de Palestiniens de pays voisins n’est pas seulement une monnaie d’échange malhonnête, c’est un fantasme dangereux.

Placer les deux parties sur une seule voie menant vers deux objectifs contradictoires représente un danger pour toute négociation menée de bonne foi. De plus, promettre au peuple palestinien que la destruction d’Israël du point de vue de la démographie est inévitable à long terme représente un danger pour tout effort de réconciliation.

Toute solution au conflit israélo-palestinien doit reconnaître le sort de l’ensemble des réfugiés à la suite de la guerre de 1948 – aussi bien les 856 000 réfugiés juifs des pays arabes que les 726 000 réfugiés palestiniens de l’État d’Israël d’aujourd’hui. Malheureusement, alors que la politique établie du Canada sur la paix au Moyen-Orient reconnaît les réfugiés palestiniens (parmi les questions qui doivent être abordées), elle ne fait aucune mention des réfugiés juifs. Pour que la politique étrangère canadienne au Moyen-Orient soit équilibrée, elle doit affirmer qu’un réfugié est un réfugié quelle que soit son origine ethnique ou religieuse et doit inclure la reconnaissance formelle des réfugiés juifs originaires des pays arabes.

En novembre 2013, le Comité permanent des affaires étrangères de la Chambre des communes du Canada adoptait – à l’unanimité – un rapport qui recommandait que : le gouvernement du Canada reconnaisse officiellement l’expérience des réfugiés juifs qui ont été déplacés des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord après 1948.

Le 3 mars dernier, grâce notamment aux efforts de John Baird, le gouvernement du Canada faisait connaître sa réponse : il a endossé cette recommandation.

Cela fait du Canada le seul pays, outre Israël, à reconnaître formellement les réfugiés juifs à un si haut niveau.

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